Remise en question
( au pluriel - Se poser des questions, en poser - c'est toujours un bon début - ça nous fait dire moins de conneries quand on écoute les autres)
Me remettre en question, c’est un peu mon dada. Un reboot annuel, où en suis-je de ma vie? Qui suis-je? A quoi bon? Suis-je heureuse? Suis-je utile? Suis-je à ma place?
Et souvent je vais voir si l’herbe est plus verte ailleurs et elle est souvent verte, plus ou moins, je sais pas trop.
Mais là j’ai bien senti une remise en question X 1000, tellement forte que t’en as le tournis, tellement forte que tu te demandes comment t’as pu aller aussi loin avant de te questionner.
Après on a une actu, qui n’est plus vraiment tellement une actu, tellement ça dure, qui porte aux questionnements.
Impuissance et nausée sont un peu mes deux façons de ressentir et de faire face à l’état du monde. Y’a de quoi.
On assiste à des massacres dans un silence assourdissant, des peuples, des personnes comme toi et moi qui ne sont plus ; une planète qui se consume avec sa faune et sa flore et on continue à courir, polluer, consommer, plus une montée de l’extrême droite qui monte, qui monte.
A l’évidence, c’est pas une nouvelle mais l’être humain est intrinsèquement source, vecteur de douleur. Faire mal, on sait bien faire.
L’humain fait du mal et se fait du mal. Cercle vicieux, voie sans issue.
Et face à ça, je ressens mes propres aveux de faiblesse et d’égocentrisme.
Et dans tout cette tornade ensanglantée, le stand-up.
Ca parait dérisoire par rapport aux douleurs du monde. Et pourtant c’est devenu le stand-up un quotidien et une façon de vivre.
Les aller-retours sur les scènes, les demandes incessantes pour essayer de jouer…
Dans cette farce, se rajoute les frustrations, les ratés, les manqués. Parfois la farce tourne plus au clown triste.
Et au clown qui se demande , quelle différence entre faire et réussir, quelle différence entre en vivre et simplement en faire. Amateure, professionnelle.
Objectif : en vivre, en jouir, en devenir, les points d’interrogation se bousculent pour tout et rien.
On nous le dit le stand-up c’est u marathon, le stand-up il faut se professionnaliser, les deux ensemble dans le monde dans lequel on vit, pas évident.
Pourquoi on fait du stand-up et comment on le fait
Il y a plein de raisons valables : pour faire rire, pour être aimée, pour dire, pour exister, pour s’oublier, pour réunir, pour se soigner, pour résister. Toutes sont valables, plus ou moins conscientes.
Je me retrouve en cette fin de saison à m’interroger pourquoi je fais ça, quel objectif et comment?
Le stand-up s’inscrit comme tout dans un système global qui prône la concurrence, l’accumulation, ce constat fait comment faire la place à tout le monde, comment se faire sa place? Sans pour autant jeter toutes ses valeurs par la fenêtre, sans perdre sa joie et sa légèreté.
Y’a les défis personnels, mais aussi les défis systémiques, comment le système fonctionne, le déterminisme social et économique plus ou moins présent, la chance, les aptitudes à faire du réseau…
Je me retrouve en cette fin de saison en colère, frustrée sur moi, sur mes choix : pourquoi j’arrive pas? pourquoi on me fait pas jouer? Est-ce que j’ai ce qu’il faut? est-ce que je me perds pas? Est-ce que je reste une bonne personne? Et pourquoi ça, tout ça prend tant de place en comparaison avec tout le reste, la vie, les gens?
La culpabilité se rajoute. Et un peu de défaitisme. A quoi bon, pourquoi faire?
C’est indécent de se regarder le nombril, de se sentir mal dans sa pratique du stand-up quand tout autour de nous crie la douleur er l’injustice. Où partout s’accumule violence, haine, mort et dégoût. Une ère de violence, comme de toujours peut-être et se rajoute une violence du sens.
Pourquoi ? Pourquoi?
Urgence de faire sens, de faire société.
Créer d’autres mécanismes, d’autres ilots. Toujours encore plus.
Je n’invente rien, je le vois, des gens créer des cocons. Des havres de paix. Toujours plus.
Faire barrière de nos mots, de nos embrassades, de nos actions.
Pas seulement faire sa part mais être une part de quelque chose de plus grand, ensemble.
Etre une part qui se meut, interagit, ressent et provoque des possibles.
Accepter le oui, le non
Accepter qu’on ne sera jamais assez ou qu’on sera toujours trop.
Créer des interstices pour imaginer un potentiel pour tout le monde
Sinon à quoi bon, se faire gangréner dans le confort du déni et de la peur
Déposons des pétales de douceur et de présence sur nos inquiétudes, nos moins, ne pas en vouloir aux autres et à soi dans la tentative de faire un pas de plus.
Faire ensemble, faire sens par l’échange, la solidarité, l’action politique, bénévole, artistique.
Et pourquoi pas, par le rire?
Jusqu’à la prochaine interrogation.
Le plaisir de lire chacune et chacun dans ses propres atermoiements pour mieux se comprendre et comprendre le monde, cette fois, je vous propose de suivre la newsletter de Lola d’Estienne, comparse collègue de stand-up clique ici
Y’a des moments de grâce qui font du bien et moi cette performance elle m’a touché au coeur : enjoy

